Infogreffe, ASP, École 42 : une nouvelle débâcle en trois jours révèle le gouffre des données critiques
Depuis le 8 octobre, les cyberattaques s’abattent sur les services français avec une régularité de métronome. En trois jours à peine, trois organisations majeures ont vu leurs bases exposées sur la toile : Infogreffe, le portail d’accès aux données légales et économiques des entreprises, l’Agence de services et de paiement (ASP), opérateur stratégique des services publics, et École 42, le réseau international de formation en informatique né en France.
Le bilan est vertigineux. Infogreffe a perdu 3,7 millions de lignes après une cyberattaque, représentant des années d’accumulation d’informations commerciales et juridiques. L’ASP enregistre la exposition de 29 611 personnes, alors que cet organisme gère directement les allocations, les aides sociales et les services critiques. École 42 est concernée par une fuite de données présumée d’une ampleur importante, avec 140 080 profils affectés.
Un symptôme d’une crise systémique
Ces trois attaques consécutives ne sont pas des anomalies isolées. En 2026, les fuites de données deviennent beaucoup plus massives, selon Sébastien Forte, fondateur de French Breaches. Le constat est accablant : depuis janvier 2026, la France cumule plus de 300 services piratés et plus de 250 millions de données exposées, concernant des dizaines de millions de Français.
Cette débâcle numérique transforme le terrain géopolitique de la cybersécurité européenne. Depuis dix-huit mois, l’appareil administratif français perd les données de la population à un rythme sans équivalent en Europe, ce qui en ferait le pays le plus compromis du continent.
Le fossé entre les promesses et la réalité
Le gouvernement français n’ignore rien de l’ampleur du désastre. Le baromètre 2026 de Cybermalveillance.gouv.fr annonce que 45% des Français ont été informés d’une fuite de leurs données personnelles, contre 30% en 2025. Une hausse vertigineuse en un an : presque une fuite de données personnelles par jour par Français, en moyenne statistique.
Parallèlement, l’État multiplie les initiatives de surface. Tout au long du mois d’octobre, le Cybermois 2026 mobilise les acteurs de la cybersécurité partout en France pour sensibiliser le grand public, les entreprises et les collectivités aux bons réflexes numériques. Le décalage est surréaliste : tandis que le gouvernement publie des dépliants pratiques sur la riposte aux violations, ses propres systèmes s’effondrent.
L’illusion de la maîtrise
Les sommes engagées ne compensent pas les failles architecturales. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une levée de 200 millions d’euros pour renforcer la cybersécurité des systèmes de l’État. Or, les piratages critiques continuent de traverser les défenses, comme si ces investissements restaient lettre morte.
Le phénomène révèle une vérité plus profonde : l’État français a centralisé massivement les données personnelles dans des silos supposément protégés, tout en démontrant son incapacité chronique à les défendre. Chaque fuite massive, chaque infrastructure compromise représente un coup porté à la confiance civique. Infogreffe, ASP, École 42 : trois victimes de plus dans une spirale qui ne ralentit pas.