Loi “Ripost” : le gouvernement légalise le fichage de chaque véhicule sur les routes de France
Le 15 juillet 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture le projet de loi “Ripost” qui élargit fortement l’utilisation des lecteurs automatisés de plaques d’immatriculation. Une nouvelle étape dans la construction d’une infrastructure de surveillance de masse que le gouvernement juge indispensable à la sécurité publique, mais qui pose des questions vertigineuses sur les libertés fondamentales.
Les capteurs partout, les données nulle part
Le mécanisme est simple et redoutable. Ces lecteurs pourraient collecter les données signalétiques des véhicules, photographier leurs occupants, et conserver les données pendant un an. Imaginez : chaque déplacement enregistré, chaque trajet documenté. À Paris, Lyon, Marseille, dans chaque petite commune ayant les moyens, des caméras intelligentes transformeront les routes en galeries de surveillance permanente. Le citoyen n’aura plus besoin de faire quelque chose pour être enregistré. Simplement conduire suffira.
Le gouvernement justifie cette extension par des objectifs affichés : lutter contre la délinquance et les “troubles à l’ordre public”. Mais l’expérience récente des gouvernements montre que les outils de surveillance mis en place pour des raisons de sécurité finissent invariablement par dériver. Les fichiers sensibles s’accumulent, les accès se multiplient, et chacune des politiques successives trouve des raisons de pousser les murs plus loin.
L’algorithme entre par la fenêtre
Pire : le projet ne s’arrête pas là. La loi prolonge aussi jusqu’à fin 2030 l’expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique, née à l’occasion des Jeux olympiques. Autrement dit, l’État pérennise une mesure dite “temporaire” et élargit son arsenal technologique. Les caméras des plaques d’immatriculation ne seront plus de simples enregistreurs : elles seront interfacées avec des systèmes d’analyse vidéo. L’algorithme apprendra à reconnaître les comportements suspects, les foules, les mouvements. La machine remplace le jugement.
Ce que le gouvernement présente comme une expérimentation pour les Jeux olympiques devient une infrastructure permanente. Cinq années supplémentaires pour habituer la population à l’idée que chaque caméra regarde, pense, et dénonce. C’est le triomphe de la normalisation par petites doses.
Le temps presse avant les élections
Le timing est éloquent. Nous sommes à moins d’un an de la présidentielle de 2027. Le gouvernement a trouvé commode de faire passer ce projet par la première lecture en juillet, alors que l’attention médiatique était diluée par les débats budgétaires et les vacances estivales. Un vote au Sénat aura lieu ensuite, puis en deuxième lecture à l’Assemblée. Si tout va vite, la loi sera promulguée avant les élections : avantage pour le pouvoir en place qui aura façonné l’infrastructure numérique de l’État à sa main.
Le Parlement n’a pas bloqué ce projet, et rares sont les voix pour en critiquer les fondamentaux. Chaque décision ouvre la porte à la suivante. Chaque compromis devient la ligne de départ du combat suivant.
Liberté de circulation, une notion qui s’efface
La liberté de circuler est un droit humain fondamental. Se déplacer sans craindre d’être enregistré, traqué, fichérisé, c’était une garantie républicaine. Cette loi l’érode un peu plus. Demain, peut-être, on ne pourra plus emprunter une route, entrer dans une ville, se rendre chez un ami sans que chaque seconde ne soit consignée quelque part dans une base de données gouvernementale. Et pour quoi faire, au juste ? Attraper davantage de “petits voyous” ? Ou surveiller les futurs opposants au régime en place ?
L’histoire nous enseigne que les outils de surveillance d’État ne disparaissent jamais. Ils persistent, s’amplifient, changent de mains au fil des alternances. Et celui qui en hérite trouve toujours une bonne raison de les utiliser.