Rapport parlementaire explosif sur les vulnérabilités numériques de la France : quand l’Assemblée révèle notre dépendance aux géants américains
Elle n’a pas attendu longtemps pour frapper. Créée en février dernier, la commission d’enquête parlementaire chargée d’éplucher les vulnérabilités systémiques du numérique français vient de boucler ses travaux. Le 8 juillet, les députés ont adopté le rapport rédigé par Cyrielle Chatelain, et celui-ci sera rendu public le 15 juillet. Pour Revue Libre, ce n’est pas qu’un énième rapport administratif : c’est un document qui pulvérise le mythe du français technologiquement maîtrisé.
Une dépendance devenue structurelle
Les chiffres que nous connaissons déjà révèlent l’ampleur du problème. 80 % des dépenses cloud européennes profitent à des acteurs américains, soit 265 milliards d’euros selon le Cigref, et 70 % des données françaises sont hébergées hors de l’UE selon l’Institut Montaigne. Mais le rapport parlementaire s’aventure bien au-delà de ces statistiques alarmantes. Il documente comment cette dépendance n’est pas accidentelle, elle est systémique.
Derrière les données hébergées à l’étranger se profilent des questions existentielles : qui contrôle vraiment nos informations ? Une immense majorité des données personnelles, professionnelles et administratives des Français est traitée par des plateformes soumises au Cloud Act américain, une législation à portée extraterritoriale qui permet aux juridictions étrangères d’exiger la saisie de données, même localisées physiquement sur le sol français. La France n’est donc pas une nation numérique autonome, elle est une colonie d’Amérique du Nord.
L’État français face au choix impossible
Le gouvernement français a tenté de réagir. La qualification SecNumCloud délivrée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) garantit un niveau de protection élevé des services cloud contre les menaces cyber, y compris contre les accès non-autorisés des autorités publiques des États tiers à l’UE qui ont adopté une loi extraterritoriale. C’est un début, un pansement sur une plaie béante. Les achats auprès de fournisseurs européens avec une qualification SecNumCloud ont atteint 22 millions d’euros en 2025, contre 20 millions d’euros en 2024. Des miettes.
La France tente de construire une alternative souveraine, mais la course est perdue d’avance tant les hyperscalers contrôlent le marché. À quoi bon renforcer les standards si l’immense majorité des infrastructures reste sous contrôle étranger ? Le rapport parlementaire mettra probablement le doigt sur ce paradoxe : on ne peut pas négocier son indépendance avec ceux qui vous dominent déjà.
La question que personne n’ose poser
Lorsque Revue Libre lit des rapports de ce type, elle se demande toujours : pourquoi maintenant, et surtout, qu’en feront-ils ? Les commissions parlementaires produisent des tonnes de papier. Les gouvernants les rangent dans des archives. Les entreprises américaines, elles, continuent d’avancer. Cette dépendance structurelle limite notre autonomie décisionnelle, la sécurité de nos données et notre capacité à innover sans contraintes extérieures.
Il est d’ailleurs révélateur que ce rapport arrive maintenant, alors que les enjeux de souveraineté numérique sont devenus un slogan politique. Pour l’Assemblée, faire une commission d’enquête c’est montrer qu’on agit. Pour la France, c’est avouer qu’on a perdu la maîtrise. Le rapport du 15 juillet ne changera probablement rien à cet équilibre des forces. Mais il documentera, noir sur blanc, l’étendue du désastre.